Cancer du sein métastatique et intimité : rompre le silence pour se réapproprier son désir

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La sexualité et l'intimité sont des composantes essentielles du bien-être, pourtant souvent reléguées au second plan face au choc du cancer. Lorsque la maladie tend à devenir chronique, comme dans le cas d'un cancer du sein métastatique1, l'impact sur la vie affective et sexuelle est durable et profond.2 Comment retrouver le chemin vers son corps et son désir ? Éclairage et conseils pratiques avec Catherine Adler Tal, psychologue spécialisée en oncologie et psycho-sexologue, présidente de l'association Étincelle.
 

L'impact de la chronicité : quand la parenthèse ne se referme pas

« La différence fondamentale entre un cancer non métastatique et un cancer métastatique, c’est la durée », explique d'emblée Catherine Adler Tal. Pour un cancer localisé, la maladie peut être vécue comme une parenthèse dans une vie. En situation métastatique, cette parenthèse ne se referme pas. La maladie s'installe dans le quotidien avec son lot d'effets indésirables, de fatigue et, surtout, une charge psychologique immense.

L'anxiété, la peur de l'avenir, l'abattement et parfois même une dépression réactionnelle deviennent des « ennemis de la sexualité ». Pour une vie intime épanouie, le lâcher-prise est nécessaire, un état d'esprit difficile à atteindre avec l'épée de Damoclès de la maladie.
 

Se réconcilier avec son corps et son couple

Les défis psychologiques sont nombreux, touchant à l'image de soi, au désir et à la relation de couple. Pour Catherine Adler Tal, deux règles sont fondamentales pour ne pas laisser la maladie créer un fossé.

1. La communication : le pilier de la relation. « Souvent, les femmes pensent à la place de leur partenaire », observe la psychologue. Des pensées comme « Je ne m'aime plus, comment pourrait-il/elle encore me désirer ? » mènent à un repli sur soi. De son côté, le partenaire peut craindre de faire mal ou d'être importun et prend également ses distances. Ce silence mutuel, empreint de bonnes intentions, crée des quiproquos et éloigne le couple. La solution : oser parler de ses peurs, de ses ressentis et de ses doutes.
 
 

2. Prendre soin de son corps pour se le réapproprier. Le corps, marqué par les traitements et la maladie, peut être perçu comme un traître. « Le travail consiste à se réconcilier avec ce corps qui a souffert », insiste Catherine Adler Tal. Cela passe par des gestes simples mais puissants : prendre le temps de l'hydrater après une douche, le masser, en prendre soin. Il s'agit de lui redonner de la douceur et de réapprendre à l'aimer ou à l'aimer de nouveau. Les cicatrices, la perte ou prise de poids sont les témoins d'un parcours de vie et ne doivent pas mener à l'abandon. Accepter son corps est une étape essentielle pour s'accepter soi-même et redevenir actrice de son bien-être. 
 

Redéfinir sa sexualité : des stratégies concrètes

Face à une libido endormie ou à l'appréhension de la douleur, il est possible d'agir. La sexualité n'est pas perdue, elle évolue.

•  Élargir la définition de la sexualité. « La sexualité ne se limite pas à la pénétration », rappelle fermement la spécialiste. C'est un univers bien plus large fait de tendresse et de l'exploration de nouvelles manières d’appréhender l’autre.

•  Faire appel à l'imaginaire. Le fantasme est un puissant moteur de désir qui peut aider à réveiller l'excitation.

•  L'auto-érotisme pour se redécouvrir. Pratiquer la masturbation permet de se réexplorer seule, sans la pression du regard de l'autre. C'est une façon de voir ce qui procure encore du plaisir, ce qui a changé, et de se rassurer sur le fait que « la mécanique fonctionne toujours ». Le but n'est pas la performance, mais la quête du plaisir retrouvé.

•  Les thérapies par le corps. Des activités comme la danse-thérapie, le yoga ou le pilates sont d'excellents moyens de se reconnecter à son corps de manière positive et sensuelle. Elles permettent de prendre conscience de ses capacités et de retrouver une image de soi plus valorisante.
 

Libérer la parole : le rôle des soignants et des patientes

Le sujet reste tabou, et les patients osent rarement l'aborder. C'est pourquoi les professionnels de santé ont un rôle crucial à jouer.

« Il faut tendre la perche », conseille Catherine Adler Tal. Le moment idéal n'est pas celui de l'annonce initiale, où le choc psychique est trop grand, mais plutôt lors des consultations de suivi, en évoquant les effets de la maladie et des traitements. Le simple fait de mentionner que des « troubles sexuels » peuvent survenir ouvre une porte et légitime le sujet. La patiente sait alors qu'elle peut en parler, y compris plus tard sans se sentir hors de propos.

Pour que cette ouverture soit efficace, le soignant doit être à l'aise avec le sujet et surtout, savoir vers qui orienter. Disposer d'un répertoire de spécialistes (gynécologues, urologues, psycho-sexologues, sages-femmes formées) est indispensable pour ne pas laisser la patiente démunie.

Enfin, un message essentiel pour les patientes : « Il n'y a aucune question taboue. » Parler de sexualité de façon naturelle et décomplexée est la première étape pour déconstruire les non-dits et trouver des solutions adaptées. La sexualité n'est pas une obligation, mais y renoncer par frustration ou manque d'information ne doit pas être une fatalité.
 

A propos de la consultation Onco-Psycologie de Catherine Adler au sein de l’association Etincelles : 

Le rôle de l’onco-psychologue est d’accompagner les patients psychologiquement tout au long du parcours de soin – de l’annonce jusqu’à l’après-maladie. Ils peuvent y exprimer leurs angoisses, peurs, stress, tristesse, colère et poser toutes leurs questions… Le but est de se sentir libre de parler de sujets souvent difficiles à aborder avec leurs proches.

Cela permet de se sentir moins seul, lorsque les patients peuvent ressentir un décalage avec l’environnement familial, social ou professionnel.

L’onco-psychologie accueille toutes ces émotions dans le respect et la bienveillance.

Références :
1. Info.gouv.fr. Cancers du sein : quelles avancées dans les traitements ? (MAJ le 8 octobre 2025). Disponible sur le site Info.gouv.fr. Accès janvier 2026
2. INCa. Vie intime et sexualité (MAJ le 12 mai 2025). Disponible sur le site de l’INCa. Accès janvier 2026